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Violences conjugales

4 signes pour repérer les violences économiques

En ce 25 novembre 2025, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, un rappel nécessaire.

Les violences économiques font partie des violences conjugales. Souvent peu ou pas connues, elles sont impensées dans les messages de prévention et de protection que représentent les violences conjugales. Dans le couple, elles privent les femmes de leur autonomie, pas seulement financière, mais également de mouvement, de petits plaisirs quotidiens, de sorties, d’épargne personnelle…

Les violences économiques ont fait l’objet d’une étude en 2024, commandée par Les Glorieuses à IPSOS. Les chiffres sourcés dans ce présent article en sont issus, ainsi que du rapport de la Fondation des Femmes.

Dans cette enquête, 41% des femmes sont victimes de violences économiques. Presque la moitié des personnes interrogées : c’est énorme! D’autant plus, quand l’enquête révèle également que 99% des femmes victimes de violences économiques conjugales, sont victime d’autres formes de violences dans le couple.

Pour mieux les repérer, 4 signes ne trompent pas. Je vous détaille tout ça !

1. Un controle total des dépenses du foyer

Le premier signe des violences économiques est le contrôle total du foyer : par exemple, il peut y avoir un compte bancaire commun, peut-être des comptes individuels également mais les entrées et sorties sont très contrôlées. Cela peut se manifester par une demande des tickets de caisse, de justifier un achat « non nécessaire » (« pourquoi as-tu acheté cette nouvelle paire de chaussures ? « )…

Connaissez-vous un couple, quelqu’un de votre entourage qui ne s’inquiète pas des finances ? « c’est x qui gère, je n’y connais rien… et je n’ai jamais aimé les maths! » ou encore « je ne sais pas gérer un budget, il ou elle s’y connait mieux que moi »

Ces petites phrases peuvent paraitre anodines, et relever de la confiance que l’on porte en sa ou son partenaire. Cependant elles peuvent être lourdes de sens et de conséquences lorsqu’une séparation pointe le bout de son nez.

Conséquence ? La personne questionnée se retrouve à justifier ses achats, et avec le temps parfois à les cacher.

Comment on prévient ces violences économiques ?

Mais soyons clair, tant que le fonctionnement convient et que tout le monde s’y retrouve on ne parle pas de violences économiques. Cependant celles-ci sont perfides, et les victimes ont besoin parfois d’être outillées pour voir prendre conscience de ce qu’elles vivent.

Alors pour prévenir ces violences, qui peuvent ouvrir la porte à d’autres formes de violences, on discute en couple de dépenses égalitaires! Dans l’hypothèse où le couple a deux salaires, il se peut que la femme gagne moins (22,2% inférieur en 2023 dans le secteur privé[1]). Choisir de diviser les dépenses du couple ou de la famille à l’identique revient à réduire le pouvoir d’achat de la personne gagnant le moins, c’est mathématique ! La violence domestique commence par ces petites inégalités, qui cumulées les unes aux autres, vont renforcer l’inégalité femmes-hommes ou du couple. Pour pallier cela, le partage des dépenses de manière équitable et au prorata du salaire est une piste pour l’équilibre du couple et de la famille.

2. Une interdiction de travailler

Le deuxième signe révélateur de violences économiques actuelles ou futures est la demande du partenaire (celui qui gagne le plus) de réduire son temps de travail (pour la personne gagnant le moins), voire l’interdiction de travailler. Si cela peut dans un lapse de temps défini, aider la famille à faire des économies sur les frais de garde ou d’autres dépenses, cela s’entend. Cela n’arrive pas immédiatement mais avec l’arrivée des enfants, l’un des deux, souvent la femme, se retrouve à réduire son temps de travail pour élever ses enfants la semaine ou le mercredi. Ce choix, consenti de tous, est une vraie perte de salaire et de pouvoir d’achat pour la femme.

La liberté des femmes commence par leur droit de travailler ! Puis d’avoir un compte personnel, puis le droit de divorcer, puis le droit de disposer son corps… Certes ces avancées en France sont assez récentes : en 1963 les comptes bancaires pour les femmes sont autorisés et elles peuvent travailler sans le consentement de leur mari, en 1975 c’est le divorce par consentement mutuel qui est légalisé…

Comment on prévient ces violences économiques ?

A cet instant, si on souhaite prévenir certaines violences, il est important de pouvoir en parler dans le couple et trouver une solution pour que la personne réduisant son travail ne soit pas lésée : aura-t-elle le droit à une allocation pour compenser cette perte ? Compte-t-elle avoir une autre activité à la maison ? Le couple a-t-il assez d’épargne pour les dépenses quotidiennes ? La personne à la maison aura-t-elle la possibilité de garder un sport, un hobby ou des sorties, sans demander à son partenaire ? Quelques fois, il vaut mieux prévenir que guérir !

Si vous souhaitez en savoir davantage, le site du conseil de l’Europe vous aide à mieux comprendre toutes les formes de violences

3. Le non versement de la pension alimentaire

La plus connue quand on aborde la question des violences économiques et quand on a des enfants, est le non-versement de la pension alimentaire. Refuser ou retarder son versement entretient une relation de pouvoir et constitue bien une forme de violences économiques. (Il est à rappeler ici si cela était nécessaire, que des violences menées par un ex-conjoint relèvent également du système des violences conjugales).

Cette stratégie d’appauvrissement vise souvent la femme ou l’ex-conjoint, et tend à rendre compliqué son quotidien et son organisation familiale.

En France, le Défenseur des droits, estime que plus d’un tiers des pensions alimentaires ne sont pas payées correctement. Par ricochet, les enfants en sont victimes, ce qui représente une atteinte grave aux droits des enfants, avec des conséquences concrètes sur les femmes : précarité, stress, isolement. Cette spirale infernale peut avoir de graves conséquences sur la santé mentale de la femme.

Comment on prévient ces violences économiques ?

Des séparations qui se passent bien, il en existe ! Mais cette période de conflits peut vite tourner au cauchemar quand l’argent s’en mêle. Aussi pour tenter de prévenir au mieux cette période difficile, la meilleure solution est d’en parler quand les choses vont bien serait une bonne opportunité.

Ensemble, posons-nous des questions : comptes communs, séparés… Quelle gestion au quotidien? Quelle épargne pour que les deux soient sécurisés ?…

Au moment de la séparation les émotions prendront le pas sur le rationnel, et il est plus facile de réagir négativement (je te donne pas de pension en contrepartie de…). Cette forme de violences autour de la pension alimentaire est malheureusement très difficile à prévenir : dans la majorité des cas la juge aux affaires familiales doit statuer sur les situations.

4. L’obligation d’avoir un compte commun

Avoir un compte joint peut sembler banal aujourd’hui, mais lorsque celui-ci est imposé ou exclusif pour le couple, il convient urgemment de se poser des questions.

Certaines personnes victimes de violences économiques se voient contraintes de verser tout leur salaire sur un compte commun sans y avoir accès ou voient leurs dépenses constamment surveillées. D’autres n’ont pas le droit d’avoir un compte personnel en dehors du compte du couple. A terme et en cas de séparation, les démarches seront difficiles et accentueront les difficultés financières de la personne victime.

Comment on prévient ces violences économiques ?

A cet instant de vie du couple cela peut être compliqué de parler de prévention. La routine et le fonctionnement sont installés. Pour autant la personne qui impose ce fonctionnement peut avoir été élevé comme ça où seul ce modèle de fonctionnement familial existe (laissons place au doute, voulez-vous bien!).

Comment on prévient ces violences économiques ?

La communication peut être un levier pour prévenir ces violences conjugales seulement si d’autres formes de violences n’ont pas commencé dans le couple : la personne n’ayant pas de compte personnel provoquer la discussion, exprimer ses ressentis, proposer un autre mode de fonctionnement (chacun mettrait de l’argent sur le compte commun à la hauteur de ses revenus pour les dépenses courantes du foyer…)

Si cela est difficile, il est possible de faire appel à une tierce personne, thérapeute, conseillère conjugale et familiale… pour identifier les points de blocage et les opportunités de mieux vivre en couple.

Comment faire si je suis témoin de violences économiques ?

Toutes ces pratiques relèvent d’un objectif commun : maintenir une emprise sur la femme, le plus souvent. Cela perpétue également des rôles genrés, où tout est géré par l’homme « chef de famille ». En contrôlant l’argent, les hommes accentuent leur pouvoir sur la famille, sur la femme, sa liberté individuelle et de mouvement.

Souvent invisible pour l’entourage familial et les amis, cette forme de violence conjugale ne laisse aucune trace. Dans ce cas, les discussions informelles avec la victime sur l’éducation des enfants, les dépenses qui augmentent, le pouvoir d’achat… sont souvent des thématiques qui peuvent être abordées et qui laissent la porte ouverte à de possibles confidences.

Maintenant que vous êtes au courant du fonctionnement, vous êtes aptes à repérer ce qui pourrait nuire à l’épanouissement de votre amie, sœur, fille… Si vous vous ne sentez pas capable d’aborder le sujet, vous pouvez aussi lui suggérer le lien de cet article ou toutes les autres ressources mentionnées ici.

Rappelons également que ces violences socio-économiques (vocabulaire utilisé par le conseil de l’Europe) sont aussi une porte d’entrée vers d’autres formes de violences conjugales, comme les violences sexuelles et sexistes, les insultes, les violences physiques…)

Si vous souhaitez aller plus loin, je vous invite à consulter ce rapport de la Fondation des femmes La dépendance économique des femmes, une affaire d’état ? et les autres ressources ci-dessous

Bonne lecture !

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